28 sept. 2010

A l'assaut des montagnes Kirghizes

A l’inverse du Kazakhstan dont la platitude n’est pas sans rappeler quelques vieilles blagues de Toto, le Kirghizstan se distingue par ses sommets élevés, ses lacs Alpins et ses brusques changements de climat.


Jeudi 16 septembre, visas en poche, nous décidons de quitter définitivement Ali avant qu’il ne décide de mettre nos noms sur la boite aux lettres, et prenons la route pour Bishkek, capitale Kirghize depuis l’indépendance du pays en 1991.
Comme les autres villes d’Ex URSS, les rues sont larges, les immeubles soviétiques imposants et les statues des héros locaux ont remplacé les bustes de Lénine dans les grandes avenues. Si on est fan, on peut toutefois retrouver Lénine dans quelques fontaines abandonnées ou caché derrière des immeubles branlants. Donc après 24h à jouer à « où est Lénine » dans Bishkek nous avons pris la route vers l’Est direction le Lac Issy Kul….sous des trombes d’eau et un froid polaire. Après une bouteille de Vodka pour essayer de se réchauffer, pour la première fois en bientôt 5 mois de voyage, nous nous sommes offert 2 nuits d’hôtel à Karakol….


Nous étions super motivés pour nous faire un trek en montagne, ou une rando à cheval sur le thème « thé froid-chaussures mouillées-biscuits secs-mais-acquisition-d’un-corps-de-rêve-assurée » lorsque nous avons rencontré Malo et Laetitia qui redescendaient dépités après avoir passé la nuit sous la neige à 2600m. Nos âmes de sportifs se sont éteintes à jamais….La vie étant trop injuste, on a fini au marché aux bestiaux pour se consoler



Il fallut 2 jours au soleil pour revenir nous chauffer les orteils et pour nous dévoiler la beauté du lac Issy Kul, entouré de glaciers et pourtant pas si froid puisqu’on s’y est baigné !


Deuxième étape : le centre du Kirghizstan, nettement moins touristique que le lac (bien que le touriste Issy kulien se soit raréfié cette année suite aux évènements de Och en Juin, qui ont fait entre 1000 et 4000 morts selon les sources et amené à la fermeture provisoire des frontières), nettement moins touristique disais-je, mais tellement époustouflant !

Alternance de paysages sublimes : de la vallée au lac de montagne,

des sommets enneigés

aux prairies peuplées de yourtes

le tout ponctué de scènes de vie magnifiques : découpe du cheval tout juste abattu au bord de la route (censure photo parce que vraiment c’est crade),

réhabilitation de la mule qui transporte jeunes et vieux,

charrues et charrettes et qui aide à la transhumance qui débute.

On est resté ébahis devant un tel cocktail de splendeurs. Donc ébahis au milieu des splendeurs, on a bivouaqué.

Le lendemain, jeudi 23, nous prenons la route assez tôt, en direction d’Och au sud du pays.

Nous allons passer notre premier col à 3270m d’altitude et on est un peu anxieux. Finalement, la montée est plutôt douce, on tient le coup en 3ième avec pas mal de patate. Le problème c’est pas la voiture mais la météo. Plus on monte, plus le ciel s’assombrit jusqu’à ce qu’on soit entourés de brouillard et que les gouttes de pluie s’épaississent au point de se transformer…..en neige !

Nous franchissons le col d’Ala Bel sous les flocons, et la redescente nous fait plus peur encore, parce que la route est détrempée et la neige se met à tomber drue !!

Mais comme d’habitude on a suivi le précepte du voyageur : « keep the faith » et Raoul nous a ramené quelques centaines de mètres plus bas, où le soleil brulant nous a fait quitter les pulls.


Encore quelques centaines de km tout en virages ponctués de « Ooooh » et de « Aaaah » par vos serviteurs ébahis face à la beauté des lieux puis d’un coup tout s’aplati et on rentre dans la vallée du Ferghana Kirghize. Les rivières s’assèchent pour laisser place à un réseau monumental de canaux d’irrigation, prairies désertes se transforment en champs de cotons et la démographie explose.

Des gens partout :
dans les champs en train de ramasser le coton,

sur des mules qui transportent du mais, sur la route, dans les fermes, dans les charrettes, etc….

C’est dans cette ambiance de fourmis que nous sommes arrivés à Och où se sont déroulés les affrontements entre Kirghizes et Ouzbèks en Juin, et qui visiblement ont mis la ville à feu et à sang. Enfin nous on a surtout vu les dégâts dû au feu

.
La frontière Ouzbèke n’est qu’à 10km de là, et nous avons de la chance : elle est ouverte. Les douaniers sont affables et n’ont pas l’air débordés : un coup d’œil à leur registre nous indique que nous sommes la 5ème voiture en 15 jours ; ils s’emmerdent tellement qu’on sort la carte pour leur montrer notre voyage et on part pour la frontière Ouzbèke à grands coups de klaxon.
2h après l’inspection méticuleuse d’un jeune douanier ambitieux nous sommes dehors, dans la vallée du Ferghana Ouzbèke, et nous avons 2 jours pour rejoindre Tashkent où Mat doit faire refaire son passeport.

Premier jour : kidnapping Ouzbèk en bonne et due forme par Volodia : vous dormez chez moi, vous pêchez dans mon étang,

vous buvez ma gnaule et vous mangez le Plov que je vais faire préparer pour vous !

Puis c’est chez un petit papy de 80 ans qui vit tout seul au bord d’un champ : mange le melon, le pain ouzbek, le thé…..Grandes grandes leçons d’hospitalité. Entre temps on arrive quand même à aller au Bazar d’Andijan pour changer 60 euros en l’équivalent d’une liasse de 10 cm de billets Ouzbeks ,

et visiter le palais du Khan de Kokand, merveille de bois sculpté et de mosaîques multicolores.


Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des 4x4 quand soudain, au cap fatidique des 300km avant Tashkent, alors que nous amorçions la montée d’un col à 2286m, alors que nous sommes dans cette cote entourés de camions fumants et de lada survoltées,

alors que nous écoutons Bob Dylan nous demander « how does it feel to be without home, like a rolling stone », alors que nous élaborons un plan d’attaque pour ne pas rester trop longtemps à Tashkent, alors alors….C’est le moment qu’a choisi notre embrayage tout neuf pour nous dire adieu……
Un mélange de colère, de trouille et de hargne s’est mis à bouillir dans nos veines et alors que Raoul rugissait tel une bête blessée agonisante, nous avons dit NON ! NON nous ne renoncerons pas !
Et vous lisez aujourd’hui les lignes de ceux qui, un jour dans leur vie, ont réussi à force de foi, de courage et de pugnacité, à franchir un col à 2286m SANS EMBRAYAGE !! (DJ : Eye of the Tiger SVP).

Bon, dans la réalité on a mis plus de 6h pour faire 200km, avec mille et un arrêts pour reposer ledit embrayage lorsque vraiment on n’avancait plus du tout, on a envisagé d’appeler la MAIF en priant pour qu’ils aient ouvert une succursale en Ouzbekistan, on a fait moult signes de politesses, paix et sérénité à tous les camions susceptibles de nous tracter et surtout on a serré les fesses !
Et nous voilà à Tashkent, en attente d’un nouvel embrayage, d’un nouveau passeport et de nouveaux visas pour se rapprocher un peu plus de vous.

Voilà les amis, Allah Wak Bar comme on dit, et à bientôt pour la suite (genre incendie de l’ambassade avec nos passeports dedans, épidémie de Lupus obligeant à une quarantaine dans un ex sanatorium soviétique, accident de la circulation entre nous et une mule chargée de dynamite ou prise d’otage dans l’unique starbuck coffee à 13000km à la ronde….).

3 commentaires:

  1. Je m'attendais à du lourd mais alors là, c'est de loin mon épisode préféré depuis le début de votre "Steppe and the city" à vous !
    Bien sûr on est désolés pour vos emmerdes mais vos amis de passage et vos amours à vous nous font toujours autant rêver, sur fond de paysages et de rencontres tellement simples et beaux !
    A bas Las Vegas et le shopping, vive les mules kirghizes !
    Courage pour vos visites d'ambassades et autres rencontres avec des mécaniciens ouzbekophones...
    Nos pov' BBQ du dimanche risquent de vous paraître bien fades et bourgeois après ce beau voyage...
    Gros bisous
    Jeanne

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  2. et le lac issy kul, il a pas pei une petite vague pour se faire pardonner son microclimat neigeo-pluvio-merdo-froid?
    en tout cas c'est toujours aussi plaisant à lire, ce blog! ça m'rappelle quand j'étais jeune et que j'voyageais, dame...
    la bise à raoul, en lui souhaitant un bon rétablissement.nana
    F

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  3. je vous admire toujours autant - il vous en fait voir ce Raoul du PDC. ; je vous souhaite encore de belles découvertes et surtout plus de panne d'embrayage ; ts bravo à Elise pour sa verve, Mat. tu as une super épouse, bichonne là quand Raoul te laisse en paix.
    Je vous embrasse. nounou

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